On apprend peu par la victoire, mais beaucoup par l’échec*

On apprend peu par la victoire, mais beaucoup par l’échec*

Cet été, j’ai participé à mes premiers championnats de France de trail à Méribel (73). 50km et 4200 dénivelé positif. Une préparation estivale rythmée entre mon job et mes entraînements, pour un résultat prometteur : je jouais la course pour espérer un podium, bien dans mes jambes et dans ma tête, jusqu’à ce que je réalise une erreur fatale ! Une erreur d’enfant ! Qui me relégua à une 5ème senior femme… Déçue bien sûr, mais pressée de rechausser les baskets !

La gestion de l’échec, de l’erreur ou encore de la faute est une expérience à laquelle nous sommes confrontés depuis que nous sommes enfants. Nous avons appris à notre manière à faire face aux petits et grands défis de la vie, aux petits et grands bobos. 

Et vous, comment réagissez-vous face à l’erreur, de l’échec ?

Lors des formations que j’anime en entreprise, le sujet est très souvent abordé, par les managers et par les collaborateurs. «  J’ai raté un contrat la semaine dernière, c’est horrible… les autres vont me chahuter ! je n’y arriverai jamais !»  Je retrouve ce même questionnement le soir, au bord d’un stade, de la part des athlètes que j’entraîne. « J’ai pas fait le chrono que j’espérais sur cette course, je suis déçu, je me pensais meilleur. »

Qu’entendez-vous derrière ces mots ?

Un enfant… oui, c’est l’enfant intérieur qui se rebelle lorsque nous nous trompons, lorsque nous échouons.

Pour parler de ce sujet, je vous propose de traiter cet article en 2 parties :

1) Aujourd’hui,  je vous partage mon expérience ! Un peu comme une étude de cas. Nous nous vantons souvent de nos réussites, mais parlons peu des nombreux échecs qui ont permis une seule réussite…

2) La semaine prochaine, je vous proposerai des outils pour mieux gérer nos erreurs dans tous nos environnements, professionnels, sportifs et personnels.

“C’est trop pas z’uste !”

Les petites voix limitantes

“Ce matin-là, je me sentais en forme. J’avais bien dormi dans mon petit lit avec mon doudou porte-bonheur, et j’avais mangé mon petit-déjeuner préféré, avec du pain et de la confiture, comme celui que ma maman me faisait.

Cette année, je suis rentrée dans la cour des grands. J’ai eu de bons résultats toute l’année, alors lors de l’inscription à la course, une Dame m’a donné un papier avec un numéro que je devais accrocher sur mon t-shirt. La dame m’a dit « Tu iras dans la cour des élites ».

Avant le départ, il y avait beaucoup de gens, des grands, des petits, des filles et des garçons. Tout le monde se connaissait, ils se disaient bonjour, ça va, alors tu te sens comment aujourd’hui ? C’était pas facile, comme j’étais la petite nouvelle je connaissais personne, alors personne me disait « salut ça va ? ». J’avais pas encore de copains et de copines. Je me sentais encore plus petite, déjà que je suis pas très grande. Mais j’étais contente d’être là, parce qu’il y avait plein de gens connus qui sont dans les magazines. Je me disais que moi aussi peut-être du coup je serai dans un magazine. Et il y avait des gens moins connus aussi. Mais ceux-là je les connais pas, alors…

Au fur et à mesure, je sais pas pourquoi, je commençais à sentir des papillons dans mon ventre et des fourmis me monter dans les jambes. Les fourmis, ça chatouille, mais parfois ça gratte et ça m’agace.

Le Syndrome de l’imposteur

Et pis le Môsieur a tiré au pistolet et tout le monde s’est mis à courir. J’ai fait comme tout le monde, j’ai agité mes jambes et j’étais contente car les fourmis étaient parties. Ça montait très vite dans la montagne, on grimpait très vite dans les nuages.

Au premier sommet, un autre Môsieur très gentil m’a crié « Bravo, 5ème » !  Ah, 5ème quoi ? kilomètre ? Il a dû se tromper, moi 5ème, pff, n’importe quoi.

Et pis à un moment, je retrouve d’autres filles. Y’en a une que je connais, elle est dans les magazines et j’ai couru avec elle à une course dans le Jura. On descend la montagne très vite, j’esssaie de passer devant sans faire de bruit chuuuuut ! J’aime bien les descentes, surtout quand il y a des cailloux. Je me chante une chanson. Je me sens bien, je m’amuse. En bas de la descente, j’ai dépassé une autre star  des magazines. Mince… qu’est-ce que j’ai fait ? pourquoi j’ai couru si vite ? ça peut pas être possible ! j’ai pas mal aux jambes, il reste encore la moitié de la course, mais j’ai dû me tromper… ! Je croise un copain qui est venu me donner à manger, il me dit rien de spécial. Je boude un peu parce que je sais plus trop ce qui se passe. Une Dame me dit « la 2ème ! ». Je crois qu’elle s’est trompée de fille, je me retourne pour voir de qui il parle.

Deux autres filles me rattrapent et on repart toutes les 3. Je décide de me mettre derrière elles, parce que comme elles sont plus grandes, elles doivent mieux savoir que moi. Elles courent vite, elles essaient de me semer. Ah ah moi je veux encore jouer ! Mince on voit rien y’a trop de nuages dans la montagne, il fait presque nuit… Mince c’est bizarre je reconnais pas le chemin… mince…. Mince…. MINCE on s’est PERDUES !! C’est pas le bon chemin y’a plus de petits cailloux qui brillent ! Demi-tour !

Ouf après quelques minutes j’ai retrouvé le chemin… Je vois une autre fille. J’entends pas vraiment ce qu’elle me dit, ça ressemble à « Qui va à la chasse perd sa place ! » En fait elle me dit qu’elle est 14ème fille….

La gestion des émotions : les montagnes russes

C’est pas z’uste ! j’ai envie de pleurer. J’ai plus envie, je pleure d’ailleurs. Je suis nulle !!! Pourquoi ça m’arrive à moi ? Noooooooonn ! Je tape du pied par terre. J’aimerais me rouler par terre et crier, comme je le faisais avec maman, mais le sol est pas très propre. Et puis les autres, ils comprendraient pas. J’ai plus très envie de continuer. Je marche lentement, je traine des pieds. Maman aime pas quand je traine des pieds, elle dit que ça abîme les chaussures.

D’ailleurs, maman elle me gronderait car elle aime pas quand je fais des colères. Oui mais quand même, là, je peux un peu non ? juste un peu ? un tout petit peu.. ? c’est pas ma faute, c’est à cause des autres filles… et pis le Môsieur il avait dit que j’étais deuz !

L’heure du bilan

A quelque chose près, l’histoire s’est passée comme ça. Questionner le réel, la situation permettra de trouver des solutions et mieux préparer le prochain grand rendez-vous sportif, ainsi que la saison professionnelle qui démarre.

Rendez-vous la semaine prochaine pour notre “analyse de cas” !

Mélanie EGALON

Fondatrice ORINASA

Consultante management, formatrice et coach certifiée Sport&Entreprise

Athlète et entraîneur trail et course à pied

* Proverbe japonais